Les serres mobiles et leurs vertus

Il faut tout d’abord faire la différence entre les modèles de serre qui peuvent être qualifiés de mobiles grâce au fait qu’ils sont suffisamment légers pour être soulevés et déplacés sans trop d’effort, et les modèles lourds qui sont conçus avec un système de déplacement, que ce soit sur roues, sur roulettes ou même sur skis et patins.
On s’intéressera ici au second cas de figure. Sont donc écartées d’office les petites serres avec des armatures en aluminium ou en fibre de verre, et les modèles pour balcon : ce n’est pas ce qui nous intéresse ici.

Cet ambitieux projet de construire une serre mobile de la taille de celles utilisées en maraîchage est relativement récent en France. On peut situer les premières réflexions collectives courant 2015 et les premiers tests grandeur nature au milieu de 2016. Ce engouement pour les serres mobiles est beaucoup inspiré par les recherches de l’américain Eliot Coleman sur le sujet, qui n’a trouvé que des avantages à exploiter cette idée et à la mettre en pratique sur son exploitation, la Ferme des 4 Saisons.

Une serre mobile, pourquoi faire ?

Contrairement à une serre tunnel fixe, ce système permet de stimuler la terre et préserver sa qualité quand elle n’est plus recouverte : le vent, la pluie empêchent les parasites et les maladies de s’installer. L’environnement sous serre est souvent très humide, et propice au développement de champignons. De déplacer la serre permet d’assainir le sol. De plus, ce fonctionnement rejoint le système de jachère des anciens qui consiste à laisser des parcelles au repos pour qu’elles se reconstituent. Avec une serre mobile, c’est à nouveau possible.
Le second avantage des serres mobiles est qu’elles permettent de démarrer plus tôt dans l’année des cultures de printemps, mais également de terminer plus tard des cultures d’été. Et ceci dans la même année : il est enfin possible de cultiver 14 mois sur 12 sur une même exploitation, tout en ménageant le sol. Cette technique des serres mobiles est donc particulièrement rentable sans être agressive pour l’environnement.

Les serres mobiles sont mises en place pour être idéalement utilisées sur 3 parcelles distinctes : la première est cultivée et couverte par la serre, la seconde est cultivée sans être couverte, et la troisième parcelle est laissée au repos.

Une serre mobile, comment faire ?

On parle bien de modèles professionnels de plusieurs mètres de large et de long. La difficulté réside donc dans la technique mise en oeuvre pour déplacer la serre sans se casser le dos et sans y passer des journées, ce qui serait contre-productif pour les paysans. Dans l’absolu, la serre mobile doit pouvoir être exploitée sur les 3 parcelles évoquées ci-dessus. Sans une solution de mobilité intégrée, il faudrait retirer le film plastique pour serre, démonter une grande partie de la structure métallique, et déplacer le tout vers le nouvel emplacement pour tout ré-assembler.
Pour l’instant, deux techniques principales sont à l’essai : les roues (qu’elles soient concaves ou convexes) et les “skis”, des supports rigides de la serre qui glissent directement sur le sol. Bien évidemment, ce sont les roues qui fonctionnent le mieux mais elles subissent beaucoup de tensions et les prototypes s’enchaînent pour améliorer le système. Les roues concaves sont du type de celles qu’on fixe sur les brouettes, gonflables ou pleines. Les convexes sont, comme pour les trains, conçues pour se déplacer sur des rails.
A noter qu’une problématique est particulièrement complexe à résoudre : il s’agit de l’amarrage de la serre mobile, une fois qu’elle a été déplacée. Il faut mettre en place un système solide mais le plus simple et rapide possible à démonter et remonter pour garder toutes les vertus de la mobilité à la serre.

Notre idée de serre mobile

Nous proposons une autre approche qui pourrait convenir aux petites surfaces, et qui réduirait les tensions lors des déplacements de la serre mobile.C’est notre modeste contribution à ce projet enthousiasmant.
L’idée est basée sur une zone carrée, sur laquelle sont cultivées 3 parcelles d’environ un tiers. La serre couvre à peu près un tiers et surtout repose sur un pied/axe central qui en assure une grande partie de la stabilité et de la mobilité. Ce pied central contribue également à simplifier l’amarrage de la serre mobile car il n’a pas à être démonté et remonté. Plusieurs pieds sur le pourtour, équipés de roues, permettent de déplacer la serre mobile d’un tiers de tour pour couvrir au choix la parcelle 1, 2 ou 3. La forme ronde offre sans doute moins de résistance aux vents et limite donc le risque de dislocation.

La forme ronde limite probablement les possibilités de mécaniser le travail sur les trois parcelles, mais peut améliorer la mobilité de la serre et et lui permettre de remplir son office. A tester sous forme de prototype en petit format, pour évaluer le potentiel de ce concept.

Illustrations : ©L’Atelier Paysan

Le site d’Eliot Coleman, en anglais : http://fourseasonfarm.com

L’état de l’art de la serre mobile selon l’Atelier Paysan : http://www.latelierpaysan.org/Serre-mobile